Vendredi 9 décembre 2011
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Un compte-rendu du journal Le Monde à étudier en répondant aux questions suivantes
:
Chapitre concerné : Bilan et mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France.
Questions :
1) Quel regard porte l'article sur la "vision héroïsée de la Résistance" imposée par le général de Gaulle ? Quelles réalités déformées voire oubliées sont rappelées
?
2) Décrivez l'évolution de cette mémoire sous la IVème République ?
3) Qu'est-ce que le "paradigme victimo-mémoriel" ?
4) Sauriez-vous expliquer la phrase soulignée ?
Du " droit au souvenir " au " devoir de mémoire "
Olivier Wieviorka analyse l'impossibilité d'un discours consensuel, en France, sur l'histoire de la seconde guerre mondiale

, 26 février 2010
Qui furent les vétérans de la seconde guerre mondiale ? En 1919, la définition de l'ancien combattant prêtait si peu à ambiguïté que la France, reconnaissante à l'égard de tous ses
poilus, alla jusqu'à verser une pension aux Alsaciens et aux Lorrains enrôlés comme citoyens allemands mais de retour dans le giron national. En 1945, en revanche, plus question d'unir l'ensemble
des Français sous une allégorie aussi consensuelle que celle du " soldat inconnu ", constate Olivier Wieviorka, professeur à l'Ecole normale supérieure de Cachan, dans un passionnant essai
intitulé La Mémoire désunie.
Quoi de commun entre ce qu'ont vécu un prisonnier de guerre, un résistant membre des Forces françaises de l'intérieur (FFI), un juif déporté, un civil bombardé, ou un Alsacien incorporé à la
Wehrmacht ? Délicate équation, dont chaque gouvernement, depuis la Libération, dut soupeser chacun des termes. Sans parvenir à la résoudre, si l'on en croit la thèse d'une progressive "
balkanisation de la mémoire ".

De Gaulle imposa toutefois, au lendemain du conflit, une " mémoire publique officielle " aussi consensuelle que possible. Soucieux en effet de " désidéologiser " le conflit et de rassembler ses
concitoyens, le Général déploya une vision héroïsée de la Résistance - non sans contradictions. En parole, la " Relève " fut ainsi assimilée à une " immense déportation qui n'eut de volontaire
que le nom " (selon la formule d'Henri Frenay), mais dans les faits, les requis du Service du travail obligatoire (STO) restèrent suspects aux yeux de l'opinion, et le pouvoir gaulliste reconnut
le statut de résistant à ceux qui pouvaient se prévaloir de faits d'arme - critère auquel répondaient parfaitement les anciens de la France libre, mais beaucoup moins les Français ayant travaillé
dans les services secrets britanniques ou engagés sur le territoire national dans les mouvements qui avaient " privilégié l'action civile ". De même, une distinction nette fut établie entre les
déportés politiques (arrêtés pour fait de résistance) et les déportés raciaux. Un tel cadre organisait non seulement " l'oubli sur la majorité des souvenirs quotidiens vécus par les Français ",
mais surtout le silence sur la singularité des souffrances vécues par les juifs.
Du héros à la victime
Olivier Wieviorka s'intéresse dès lors de près aux facteurs expliquant l'éclatement progressif de ce modèle initial. Privés de la légitimité mémorielle que se disputent les gaullistes et les
communistes, les gouvernements successifs de la IVe République peinent à freiner les revendications corporatistes des associations. Les premières lois d'amnistie mettent en évidence de véritables
noeuds de mémoire : à Bordeaux en 1953, " 14 Alsaciens dont 12 pouvaient être considérés comme des malgré-nous " sont accusés avec des SS du massacre d'Oradour-sur-Glane, condamnés, mais aussitôt
amnistiés par le pouvoir qui recule devant les protestations de l'Alsace, suscitant alors la colère du Limousin.
Le principal bouleversement survient toutefois à partir des années 1970 avec le réveil de la mémoire juive : à la figure du héros se substitue celle de la victime. " Buchenwald symbolisait la
réalité concentrationnaire. Auschwitz l'incarne dorénavant ", résume Olivier Wieviorka. De ce changement de régime mémoriel résulte une grande partie des débats contemporains sur la politique
antisémite de Vichy, mais aussi sur le passé colonial de la France, par extension de ce que Johann Michel nomme le " paradigme victimo-mémoriel " dans Gouverner les mémoires (PUF, 224 p., 23 ¤).
Là où ceux qui s'étaient battus pour la patrie bénéficiaient d'un " droit au souvenir ", ceux qui ont subi la violence de l'histoire opposent désormais un " devoir de mémoire ". L'accent mis sur
le nouveau modèle diffusé par la Shoah prive toutefois la synthèse de Johann Michel de cette précision dont fait preuve à l'inverse Olivier Wieviorka, attaché à l'analyse documentée des
politiques publiques et soucieux de préciser la chronologie établie par Henry Rousso dans Le Syndrome de Vichy (Seuil, 1987).
Mais si l'évolution d'une mémoire collective fluctue en fonction des changements de régime,
on ne saurait toutefois en déduire que les hommes
politiques peuvent influer à leur gré sur les souvenirs de l'opinion publique. Là est le principal intérêt de La Mémoire désunie. Issu d'un rapport commandé par la Direction de la
mémoire, du patrimoine et des archives, l'ouvrage d'Olivier Wieviorka s'achève sur cette utile mise en garde adressée aux dirigeants tentés de confondre mémoire et propagande : " Loin de
s'apparenter au viol des masses, la mémoire ne fonctionne que lorsque les thèmes diffusés incarnent les sentiments collectifs. "
Jean-Louis Jeannelle
WIEVIORKA Olivier, La Mémoire désunie, Le souvenir politique des années sombres, de la Libération à nos jours, Seuil, " L'univers
historique ", 2010.
Pour aller plus loin :
Le compte-rendu des Clionautes : cliquez ici.
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